ADISCO a reçu le KBF Prix Afrique pour son action qui stimule l’esprit d’entreprise, la création de coopératives et de mutuelles de santé, fédérées au niveau national, afin de renforcer l’autonomie financière des individus et de changer durablement les conditions du vivre ensemble de la population burundaise.
Fondée en 2006 par des cadres burundais de le diaspora, l’association ADISCO (Appui au Développement intégral et à la Solidarité sur les Collines) mobilise les ressources des paysans burundais pour accroître leur autonomie et construire avec eux des modèles économiques viables. L’objectif est de permettre l’avènement de collines solidaires, prospères et dignes.
Pour libérer les énergies, ADISCO mise sur des ‘ferments’ : des hommes et des femmes représentatifs de leur communauté et reconnus par elle moins pour leur expertise purement technique que pour les valeurs humaines qu’ils incarnent. Après avoir suivi une formation, ces figures de référence constituent autour d’eux des ‘groupes d’autopromotion et de solidarité’ (des Imigwi yogutererana no gufatana munda IGG en kirundi). C’est à partir de ces noyaux que naissent divers projets à la fois individuels et communautaires.
ADISCO part de l’idée que la pauvreté puise ses racines dans la perte de confiance en soi, qui alimente à son tour un sentiment de fatalisme et de résignation.
Deogratias Niyonkuru
Secrétaire général d’ADISCO et cofondateur
ADISCO aide les populations des collines à développer des exploitations familiales intégrées. Ce type d’agriculture est mieux adapté aux petits paysans et en particulier ceux des régions surpeuplées et aux sols fragiles et montagneuses. Il limite les risques de dépendance face aux fluctuations du climat, des maladies et des marchés, préserve les ressources naturelles et assure la sécurité alimentaire et des revenus des communautés locales. ADISCO accompagne ces exploitations intégrées et stimule la création de coopératives multifilières autogérées en vue de mutualiser les coûts de gestion et de rendre les paysans plus forts dans leurs négociations avec les différents intervenants. Fin 2014, les 2128 IGG comptent 18.094 ménages ou 97.400 personnes.
Étant donné la surexploitation et l’exiguïté des terres, il est tout aussi indispensable de promouvoir également des emplois non agricoles. C’est pourquoi ADISCO appuie les porteurs de projets d’entreprenariat à valeur ajoutée pour l’économie locale, et en particulier les jeunes, pour qu’ils puissent avoir plus facilement accès à la formation et à l’information technique et commerciale nécessaire.
Un autre domaine important dans lequel ADISCO est actif est celui de domaine de la santé. ADISCO soutient la création de mutuelles de santé qui permettent une prise en charge collective des coûts des soins de santé pour les habitants des collines.
Un autre aspect novateur de l’approche d’ADISCO concerne le financement de l’organisation. Les IGG sont entièrement autonomes dès leur création. Le processus visant à l’autonomie complète des coopératives et des mutuelles d’assurance maladie pourrait nécessiter un soutien pendant une période de cinq à six ans. Les dépenses liées au rôle de coordination et de stimulation joué par l’ADISCO sont couvertes par les contributions financières d’un petit groupe de partenaires fidèles en Europe et au Canada.
Grâce à sa simplicité, le modèle de développement d’ADISCO est facilement transposable à d’autres régions et pays, car il est bien établi et ne dépend que d’une aide étrangère limitée. En quelques années seulement, plus de deux mille IGG ont été créées dans les quatre régions prioritaires où l’ADISCO intervient (Kirimiro, Buyenzi, Mumirwa et Bugesera).
La croissance incroyablement rapide des IGG au Burundi est presque organique, grâce à l’apport des dirigeants qui, loin d’être des experts distants et inaccessibles, sont reconnus au sein de leurs propres communautés. Chaque initiative se développe à son propre rythme, en fonction des opportunités offertes par la région. Lorsque l’ADISCO intervient pour soutenir une initiative spécifique, elle veille tout particulièrement à ce que l’autonomisation soit inclusive, c’est-à-dire qu’elle ait été conçue et développée par les populations locales, et en particulier par celles qui ont traditionnellement été exclues des processus décisionnels, telles que les femmes, les jeunes, les personnes défavorisées et les membres de minorités.
Enfin, comme les causes de la pauvreté trouvent souvent leur origine dans des politiques définies aux niveaux régional ou national, l’ADISCO s’efforce également de mettre en place des réseaux qui mobilisent la société civile au sens large, afin d’influencer les orientations structurelles.
Ces alliances portent leurs fruits : des fédérations de coopératives et d’organismes d’assurance maladie ont déjà réussi à modifier les politiques agricoles et sanitaires.
Peu à peu, une nouvelle génération de dirigeants devra émerger pour prendre la relève des fondateurs d’ADISCO. Un tel changement est activement préparé, notamment à l’université Haguruka, un centre de formation où les responsables des coopératives et des caisses d’assurance maladie développent leurs compétences et d’où émergeront les nouveaux leaders sociaux. La capitalisation de l’expérience acquise passe également par des modules de formation, des publications et des sites web.
En conclusion, l’ADISCO propose un « modèle de développement » très différent des approches habituelles. ADISCO encourage la mobilisation des ressources locales plutôt que de se concentrer sur la distribution de fonds externes aux bénéficiaires dans le besoin. Il donne les moyens d’agir aux agents locaux du changement reconnus par leurs propres communautés, plutôt que de s’appuyer sur une expertise technique lointaine. Il encourage un comportement responsable et l’autonomie financière, plutôt que la dépendance à l’aide étrangère. L’expansion spectaculaire de ce modèle innovant est la meilleure preuve possible de sa pertinence et de sa capacité à répondre aux réalités du terrain.